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BIENVENUE

Abdoulaye Sadji est une figure de la littérature sénégalaise dont l'œuvre est au programme de nombreuses écoles au Sénégal et en Afrique. Mais qui est-il vraiment?

Sadji, c’est d’abord un auteur, un homme engagé notamment dans le combat que menait son pays pour l'indépendance, L'on peut à ce titre le classer parmi les pionniers de la Négritude.

Sadji, c’est aussi une œuvre. Alors que ses pairs avaient pris le parti d'une littérature ouvertement engagée, il préféra le récit (conte ou roman). A travers le conte et le roman, Sadji a opéré une réelle analyse de la société africaine, dont il a su valoriser la culture (notamment dans le recueil Ce que dit la musique africaine) et révéler les moeurs (dans des romans comme Maïmouna ou Nini La mulâtresse du Sénégal). Cette analyse se fit souvent sans complaisance car, loin de l'image lisse du romancier, Sadji était un fin observateur de la société sénégalaise.

Sadji, c’est également un homme atypique : homme de lettres impliqué dans la politique, fils d’un marabout-convertisseur musulman et adepte du syncrétisme religieux et culturel, défenseur de la culture négro-africaine et amoureux de la civilisation germanique…

Sa courte existence, ses choix artistiques et surtout politiques à contre-courant expliquent sans doute pourquoi son œuvre est peu à peu reléguée au second plan. C'est pour cela que nous souhaitons vous présenter dans ce blog cet homme de contrastes.

Ainsi, vous pouvez commencer par écouter deux des pièces musicales préférées du mélomane Sadji: La Symphonie n° 41 (Symphonie en do majeur ou Symphonie "Jupiter") et Le Requiem (tous deux de Mozart).

"Seuls les héros qui ont inspiré une musique aux diâlis (griots) sont encore connus des hommes"
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Ci-dessous, le dernier article rédigé par les créateurs du site. Pour les articles précédents, veuillez vous reporter au classement thématique (marge gauche).

Evénéments

Nous vous signalons le lancement d'un Grand Prix Abdoulaye SADJI du roman. En effet, dans le cadre des Rencontres du Fleuve organisées du 6 au 19 décembre 2008 par l'écrivain Sokhna Benga, plusieurs prix seront décernés à des jeunes talents ayant fait leurs preuves dans des domaines aussi variés que la littéraure, la peinture et le journalisme. Le prix portant le nom de SADJI récompensera "le meilleur manuscrit d'auteur non publié". Plus de détails sur: http://fr.allafrica.com/stories/200804240842.html

Par ailleurs, une exposition dédiée à Abdoulaye Sadji devrait se tenir à Saint-Louis (SENEGAL) du 20 Novembre au 13 décembre 2008, toujours à l'initiative de Mme Benga. Nous vous en communiquerons les détails dès que nous en saurons davantage.

RESULTATS: Le grand Prix Abdoulaye Sadji, revient à Rahmatou Seck Samb pour son œuvre intitulée, « Du baobab au Saguaro ». Dans la même catégorie, « La Tornade» de Boubacar Sané obtient une Mention spéciale.

Source: http://www.au-senegal.com/+Rencontres-sur-le-Fleuve-deuxieme+.html?debut_breves=820

18 avr. 2008

Hommage à Aimé Césaire

En hommage à Aimé Césaire qui nous a quittés ce jeudi 17 avril 2008, cet extrait de Cahier d'un retour au pays natal. Relire ces mots nous rapelle à quel point l'homme qui vient de partir est irremplaçable:


Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes




Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

Aimé Césaire ( 1913 - 2008)
Cahier d'un retour au pays natal (1936-1938)

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